Par quoi remplacer les pesticides ? Ce que révèle vraiment la science sur les alternatives pour protéger son jardin

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Depuis que les pesticides de synthèse ont déserté les rayons des jardineries françaises, la question revient comme une limace sur une salade bio : comment protéger nos chers potagers des ravageurs affamés ? Faut-il mélanger les espèces végétales comme on compose une salade de saison, ou ce conseil est-il aussi efficace que de parler aux escargots pour les faire fuir ? Plongeons ensemble dans ce que dévoile vraiment la science sur le sujet.

Adieu pesticides, bonjour dilemme au jardin !

Depuis le 1er janvier 2019, les jardiniers amateurs français n’ont plus le droit d’acheter, d’utiliser ou même de stocker des produits à base de pesticides de synthèse. Fini le Roundup de Monsanto au fond du cabanon ! Pourtant, les insectes herbivores, ces fameux « ravageurs », n’ont pas décidé collectivement de se mettre au chômage technique : ils continuent de s’inviter dans nos potagers et sur nos balcons fleuris. Qu’on se le dise, un doryphore (ennemi juré de la pomme de terre) ne se résout pas à une retraite anticipée sous prétexte de régulations françaises.

Ces ravageurs, rappelons-le, sont des insectes qui s’alimentent sur les plantes sans forcément les tuer – ils ne sont pas des prédateurs, juste de coriaces gourmets. Leurs dégâts ? Ils compromettent la production, la conservation, voire l’apparence de nos plantes préférées. Doryphores, mineuses du marronnier (qui donnent cet air bien fatigué aux feuilles dès le début de l’été)… Chaque plante a son lot de visiteurs plus ou moins désirables.

La diversité, arme fatale contre les envahisseurs ?

En creusant sur internet, vous tomberez vite sur ce mantra actuel : « Il faut diversifier les plantations ! » Mais pourquoi donc ? Les écologues distinguent deux profils d’herbivores :

  • Les « spécialistes », restreints à une famille de plantes (exemple : la piéride du chou, dont la chenille ne rêve que de Brassicacées – choux et compagnie).
  • Les « généralistes », capables de grignoter diverses familles végétales (comme la chenille du papillon noctuelle méditerranéenne).

Dans les années 1970, Richard B. Root, chercheur américain, a émis une théorie aujourd’hui bien validée : plus une culture est homogène (monoculture à la française…), plus elle attire les spécialistes, qui s’installent alors tranquillement. On appelle cela l’« hypothèse de concentration de la ressource ».

La diversité aurait l’effet d’un « diluant » : en dispersant leurs plantes préférées au milieu d’espèces qu’elles ignorent (ou fuient), on réduit les chances des ravageurs de se régaler sans obstacle, voire ils s’y perdent et abandonnent la quête. Cela marche aussi bien à l’échelle du champ qu’à celle du paysage : la dilution embrouille l’ennemi !

Attention, toutes les associations ne se valent pas !

C’est là que la science glisse un « oui, mais… » salutaire. Mélanger des plantes ne marche pas systématiquement. Les études décrivent parfois l’effet inverse : certains ravageurs, frustrés par la rareté, se concentrent avec d’autant plus de ferveur sur les quelques plantes hôtes trouvées dans le patchwork végétal.

Les insectes herbivores, tout comme nous, ont leurs sens aiguisés : vue, odorat, goût. Leurs antennes, véritables GPS olfactifs, leur permettent de repérer les bonnes odeurs (leurs hôtes) et d’éviter les autres. Un exemple captivant : des chercheurs de l’université d’Uppsala, en Suède, ont observé que des plants de pommes de terre cultivés à côté d’oignons étaient moins attractifs pour les pucerons que les planches 100 % patates. C’est ce qu’on nomme la « résistance par association ».

Mais… l’effet boomerang n’est jamais loin : une plante aux odeurs dissuasives pour certains insectes peut en inciter d’autres à se jeter sur la voisine, qui n’a rien demandé, la rendant ainsi plus vulnérable. Jennifer White et Thomas Whitham ont ainsi mis en lumière que les peupliers étaient davantage attaqués par la chenille arpenteuse d’automne lorsqu’ils étaient associés à l’érable negundo.

Favoriser les alliés naturels du jardin

Face aux ravageurs, la diversité végétale offre un second super-pouvoir : elle attire (et nourrit) les ennemis naturels de ces insectes. En multipliant les formes, tailles et architectures de plantes, on crée des habitats hétérogènes propices à une plus grande diversité de prédateurs. Araignées, carabes, syrphes et autres auxiliaires trouvent davantage refuge, là où les cultures homogènes font figure de désert.

Mieux encore, certains prédateurs et parasitoïdes – ces incroyables organismes dont les larves croissent en grignotant de l’intérieur leurs victimes herbivores – bénéficient du nectar de certaines fleurs, une collation bienvenue quand la chasse est mince. Toutefois, ce cercle vertueux n’est pas garanti à tous les coups : là encore, ça dépend des associations.

  • La diversité de plantes réduit l’accessibilité aux hôtes pour les herbivores.
  • Elle augmente la probabilité d’un contrôle naturel par les prédateurs.

Conclusion : pas de recette magique, mais beaucoup d’espoir

En résumé : diversifier, c’est malin, mais le succès n’est pas automatique ni garanti. Les conseils pour « jardiner sans pesticides » reposent bien sur des fondements solides, mais toutes les associations de plantes n’offrent pas la même protection face aux insectes. Mélanger à l’aveugle, en choisissant des végétaux trop ressemblants, peut même être contre-productif.

Il reste donc crucial de comprendre quelles associations marchent vraiment, histoire de ne pas transformer son potager en buffet pour ravageurs. Bonne nouvelle : la recherche en écologie poursuit ses investigations pour répondre à ces interrogations piquantes. Votre jardin, en attendant, reste un formidable laboratoire à ciel ouvert ! Préparez vos binettes… et votre curiosité.

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