Automne trop doux : pourquoi des dizaines de bébés hérissons n’ont pas survécu sans aide humaine ?

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À l’heure où les feuilles tombent et que la fraîcheur s’installe, de petites boules piquantes devraient dormir profondément, cachées sous un lit de brindilles. Mais cette année, la météo automnale en a décidé autrement, chamboulant la vie déjà pas simple des bébés hérissons. Pourquoi donc retrouve-t-on tant de ces petits mammifères en détresse, n’ayant survécu que grâce à l’aide des humains ? Plongée entre les feuilles mortes et les piqûres de sauvetage.

Un automne décalé : la saison des imprévus pour les hérissons

En temps normal, à cette période de l’année, les hérissons sont censés sommeiller paisiblement dans leurs nids douillets, isolés des premiers assauts du froid. Mais cette fois, l’automne est resté doux, avant qu’un coup de froid soudain ne vienne mettre tout le monde dehors. Résultat : la saison de reproduction a joué les prolongations.

Comme l’explique Léna Chauvin, assistante vétérinaire au parc animalier de La Garenne : « La saison de reproduction de l’animal s’est prolongée jusqu’à tard. La priorité de la maman était d’aller hiberner, et de nombreux bébés ont été laissés seuls ». Traduction : les adultes ont pensé d’abord à leur propre survie avant de songer à pouponner jusqu’au bout. On peut les comprendre… mais les petits, eux, se sont retrouvés dans de beaux draps (ou, plutôt, sans drap du tout !).

Une vague de petits pensionnaires inattendue

Face à cette situation inédite, l’hôpital de la faune sauvage de La Garenne, situé à Le Vaud, a vu débarquer une véritable armée miniature : 66 bébés hérissons à la recherche d’un coup de main. La situation a même obligé le centre à faire appel à des bénévoles venus prêter main forte après une annonce sur les réseaux sociaux.

Dans ce refuge, chaque petit piquant a droit à son dossier médical, à un « lit » taillé dans d’humbles morceaux de journaux, et surtout à des soins quotidiens sur mesure. Il faut les ausculter minutieusement : ventres au grand jour, oreilles, yeux, bouche… et bien sûr, la pesée. Un exemple ? Sur la table d’opération, un hérisson affiche 437 grammes – un poids plume, insuffisant pour résister au froid de la saison. Léna Chauvin est formelle : « Les hérissons doivent peser entre 600 et 700 grammes au minimum à cette période » pour espérer passer l’hiver.

Mais ce n’est pas tout : « ils ont très souvent des parasites, qui leur font perdre du poids », ajoute-t-elle. Bref, ces petits doivent non seulement grossir vite, mais aussi échapper à de redoutables bestioles invisibles.

Une prise en charge millimétrée pour survivre à l’hiver

Une fois accueillis, les hérissons troquent alors leur liberté contre un séjour dans l’aile tranquillité de La Garenne – attention, c’est une « zone de silence et de tranquillité » comme le rappellent les panneaux. Au programme :

  • Des traitements adaptés, parfois par piqûre (personne n’aime ça, mais c’est pour leur bien !)
  • Un abri bien au chaud
  • Des pesées régulières pour s’assurer d’une prise de poids salvatrice

Ici, chaque geste vise à leur donner une chance. Même si, comme le rappelle justement Léna Chauvin : « Moins on intervient sur la faune sauvage, mieux elle se porte », aucun soin humain ne remplace celui de « papa et maman ». Malgré tout, sans cette intervention, pas d’espoir de survie pour ces boules de pics : « leur donner une chance, c’est pour ça qu’on fait ce métier », confie-t-elle.

Retour à la vie sauvage : un espoir pour le printemps

Après un hiver passé à l’abri derrière les murs du centre, les petits hérissons n’attendent qu’une chose : le printemps. Dès que les températures et l’abondance d’insectes pointeront le bout de leur nez, ils seront relâchés tout près de l’endroit où ils ont été trouvés. Une mission confiée, la plupart du temps, à la population, qui se charge de les amener à La Garenne ou dans des structures similaires.

Un conseil de pro signé Léna Chauvin : si jamais vous apercevez un hérisson déambulant en plein jour, posez-vous la question de son état. En cas de doute, un simple appel au centre de soins vous permettra de savoir s’il faut intervenir. Après tout, le hérisson d’Europe reste un animal nocturne, solitaire et sauvage – d’où l’absence de prénoms pour ces pensionnaires temporairement numérotés !

Un dernier mot ? « Les animaux sont destinés à être relâchés, donc on ne veut pas garder de lien avec eux », raconte l’assistante-vétérinaire. On manipule donc le moins possible ces petits, histoire d’éviter le stress et de maximiser leur retour à la vie sauvage.

Même si la nature est bien faite, un petit coup de main de temps en temps… Et qui sait, peut-être qu’à force de solidarité, nos amis hérissons traverseront les saisons avec un peu plus de sérénité. Alors, soyez vigilants : parfois, il suffit d’un regard attentif et d’un geste avisé pour sauver une petite vie piquante !

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