À quelle température les serpents « disparaissent-ils » vraiment du jardin ? La réponse (et ce que disent les chercheurs) surprend

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L’automne débarque, et hop, les serpents semblent s’éclipser de nos jardins comme des illusionnistes aguerris. Plus une escale sur un muret, plus de fuite soudaine dans l’herbe haute… On jurerait qu’ils ont pris le premier TGV pour le Sud. Mais détrompez-vous : les serpents ne sont jamais bien loin, ils se contentent simplement de disparaître à nos yeux. Une disparition qui s’explique très sérieusement par la science, même si elle nous donne l’impression d’une mystérieuse désertion.

Les serpents de France : voisins bien plus présents qu’on ne le croit

  • En France, pas moins d’une douzaine d’espèces de serpents partagent nos campagnes et jardins.
  • Neuf couleuvres et quatre vipères, avec chacune leur petit caractère et leur territoire : la couleuvre de Montpellier qui fait sa star dans le Sud, la couleuvre vipérine qui règne sur les zones humides, ou encore la discrète couleuvre d’Esculape qui traverse les vieux murs de l’Est.
  • Côté venimeux, rassurez-vous, elles sont rares : la vipère aspic et la vipère péliade, cette dernière étant la seule à supporter des climats nordiques qu’on qualifiera poliment de « vivifiants ».

Bien loin de leur image de « méchante bestiole », ces reptiles jouent un rôle crucial dans l’équilibre naturel en régulant les populations de rongeurs, participant ainsi activement à la biodiversité. Selon le Muséum national d’Histoire naturelle, les serpents sont de véritables alliés, même si leur réputation n’est pas vraiment à la hauteur de leur service rendu.

Disparition saisonnière ou talent de camouflage ? La vérité derrière l’absence

Dès que les températures commencent à flirter avec les basses valeurs de l’automne, un phénomène fascinant débute : la « brumation », sorte d’hibernation spécifiquement adaptée aux reptiles. Contrairement à nous, qui possédons le chauffage central (ou du moins un gros pull), les serpents ne produisent pas leur propre chaleur. Leur métabolisme dépend entièrement de la générosité du soleil.

  • Vers 20 °C, leur activité baisse déjà de moitié selon les chercheurs du CNRS ;
  • autour de 12 °C, elle chute de 70 % ;
  • sous les 10 °C, les serpents deviennent presque complètement inactifs ;
  • et à moins de 5 °C, c’est orange mécanique : ils s’enfouissent en profondeur dans le sol, souvent dans d’anciens terriers ou sous les pierres, en attendant que le mercure remonte.

Mais attention, ils ne dorment pas d’un vrai sommeil de plomb : un rayon de soleil timide peut tout à fait suffire à les sortir temporairement de leur torpeur. Cependant, pas question de chasser ou de digérer, tout cela reste en pause tant que le froid règne. Voilà pourquoi, en balade à la fin de l’été, on croit souvent que les serpents ont disparu. En réalité, ils sont juste invisibles, tapis dans leur cachette à économiser chaque goutte d’énergie.

Cachettes partagées et stratégies anti-gel

Pour survivre aux rigueurs de l’hiver, certains serpents n’hésitent pas à se regrouper dans la même cachette, sous une souche, dans une cavité murale ou un vieux tas de pierres. Plusieurs spécimens se lovant les uns contre les autres : c’est qu’on a chaud, mais chacun dans son écailles ! Ce regroupement permet de conserver un peu de chaleur, un détail non négligeable pour des animaux si dépendants des températures.

Ils ne chassent plus, ne digèrent plus rien et attendent patiemment la remontée du thermomètre, à l’abri du gel qui serait fatal à leurs organismes si fragiles face au froid extrême.

Retour du printemps : les serpents font leur grand come-back, mais pas sans danger

Dès que le thermomètre franchit les 12 à 15 °C, généralement vers la mi-mars ou en avril, les serpents sortent de leur cachette et s’étirent longuement sous un soleil enfin accueillant. Mais, ces dernières années, leur horloge biologique est tout autant perturbée que la nôtre lors du passage à l’heure d’été.

  • Les herpétologues observent que les serpents européens commencent à sortir de brumation jusqu’à dix-sept jours plus tôt qu’avant : réchauffement climatique oblige, leur calendrier se décale.
  • Ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle, car un redoux précoce, suivi d’un coup de froid, peut leur être fatal. Les variations soudaines de température les mettent en danger.

L’Observatoire national de la biodiversité alerte sur la fragilité accrue de ces reptiles face à l’instabilité climatique, qui menace la survie de plusieurs espèces dans les décennies à venir.

En résumé, inutile de s’inquiéter si vous ne croisez plus de serpents à l’approche de l’hiver. Ils sont toujours là, cachés et discrets, poursuivant leur mission d’équilibre écologique en attendant les beaux jours. Alors, la prochaine fois que vous en apercevrez un prenant le soleil après la froideur de l’hiver, ayez une pensée amicale pour ce voisin si mal compris, plus précieux qu’on ne le croit !

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