À 100 ans, Isabelle refuse la maison de retraite et s’occupe encore de son jardin : “J’ai eu une belle vie, avec des hauts et des bas”

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À Plérin, sur la côte bretonne, certaines résistances à la maison de retraite valent toutes les leçons de courage. Isabelle Maggi, centenaire pétillante, a choisi de ne pas raccrocher ses sécateurs ! Rencontre avec une force tranquille qui savoure ses dernières années chez elle, en conversation avec les roses et les souvenirs.

Un siècle d’histoire au grand air

Isabelle Maggi est née en 1924. Depuis le 14 janvier 2024, elle a rejoint le cercle très fermé des centenaires de Plérin, petite ville côtière près de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. Cent ans : autant dire qu’elle peut témoigner de quelques bouleversements dans l’histoire de France… et dans la sienne !

Lorsque nous la retrouvons dans sa maison, les yeux pétillants malgré quelques oublis bien naturels, Isabelle évoque sa vie avec discrétion, presque pudeur. Fille unique, elle a grandi dans une famille du Centre-Bretagne avant de prendre son envol pour Paris, sitôt la scolarité terminée. Là-bas, elle rencontre celui qui deviendra son mari, tailleur en confection pour les grands magasins. La capitale, le beau monde, le rythme effréné : mais pour Isabelle, l’important, c’était l’aventure humaine.

Les souvenirs d’une vie, entre bonheur et épreuves

De leur union, célébrée en 1947, naîtront deux fils. Mais la vie, fidèle à sa réputation, a semé joies et tragédies. Les deux fils d’Isabelle sont aujourd’hui décédés et, chagrin délicat, elle préfère simplement garder les souvenirs pour elle.

Impossible de traverser un siècle sans rencontrer des tempêtes : Isabelle se souvient avec émotion de la guerre, période la plus éprouvante à ses yeux. “La période de la guerre avec mon père parti combattre et l’hébergement des Allemands a été la plus difficile de ma vie”, confie-t-elle. Des mots sobres, lourds d’émotion.

Après la guerre, puis après son mariage, Isabelle a vécu des années heureuses aux côtés de son époux, puis, après son décès, auprès d’un compagnon. Le couple aimait voyager, particulièrement vers les contrées du Nord : Suède, Laponie, Norvège… Un vrai goût de l’aventure, qui prouve que la Bretagne forme décidément des explorateurs !

Un choix de vie assumé : l’indépendance, le jardin et la mer

Depuis plus de quarante ans, Isabelle s’est installée à Plérin, dans une maison posée face à la mer. Aujourd’hui, elle occupe seulement le rez-de-chaussée — question de praticité — tandis qu’une infirmière passe matin et soir pour ses soins quotidiens, épaulée par une dame de ménage. Mais rassurez-vous : question autonomie, Isabelle garde la main verte !

  • Entretien du jardin, même si elle en fait “un peu moins maintenant”.
  • Soins quotidiens aux fleurs, auxquelles elle tient comme à la prunelle de ses yeux.
  • Un bassin creusé par son fils Philippe, rien que pour les poissons, et une éolienne qui alimente la maison en eau grâce à un vieux puits, car, détail d’importance, ici, on n’est pas raccordé au réseau de la ville.

Philippe, bricoleur hors pair, avait même, en 2014, construit sa propre maison en briques de polystyrène à Plérin. Il avait passé ses dernières années avec sa maman, laissant à la maison un parfum d’ingéniosité et de tendresse familiale.

La famille, les jeux et ce refus tranquille de la maison de retraite

Dans ce foyer chaleureux, les visites de la famille réchauffent chaque semaine l’atmosphère. Isabelle profite de ses deux petites-filles, mais aussi d’amis fidèles qui s’invitent volontiers pour quelques parties de Triominos®. C’est avec eux qu’elle a célébré son centenaire, prouvant que le bonheur n’a pas d’âge et que les rires partagés sont, eux aussi, un élixir de jouvence.

La perspective d’une maison de retraite ? Très peu pour elle. Son souhait est limpide : prolonger cette vie tranquille et entourée, dans sa maison de cœur, aussi longtemps que possible. Car, malgré les épreuves, Isabelle sait regarder en arrière avec gratitude : “J’ai eu une belle vie, avec des hauts et des bas, la plus mauvaise période a été la guerre et j’ai malheureusement enterré beaucoup de membres de ma famille, dont mes deux fils”.

En somme, le secret d’Isabelle pourrait bien tenir en cette équation lumineuse : un zeste d’autonomie, beaucoup d’amour, une pincée de souvenirs et un jardin encore en fleurs. Un beau programme… Peu importe ce que dicte le calendrier !

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