Éclairer son jardin la nuit : pourquoi c’est bien plus dangereux pour la nature qu’on ne le pense

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Petite soirée d’été à la belle étoile : votre jardin est joliment éclairé, tout le monde est ravi… Mais si on vous disait que cette lumière si accueillante fait des ravages, bien au-delà de la guirlande LED de votre terrasse ? Accrochez-vous, vos lampions illuminés risquent de pâlir en découvrant l’envers du décor nocturne !

Quand l’éclairage de jardin sème la zizanie dans la biodiversité

Il est rare qu’on pense à la lumière comme à une pollution. Et pourtant ! Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), les éclairages artificiels, que ce soit dans les espaces publics ou tout simplement dans nos espaces privés (terrasses, balcons, jardins), posent un véritable danger pour l’environnement. Et ce n’est pas rien : la pollution lumineuse a, selon l’astrophysicien Sébastien Vauclair, un impact sur la perte de biodiversité comparable à celui des pesticides ou de l’artificialisation des sols.

Ce fléau discret, très tendance ces dernières années pour instaurer une ambiance conviviale, conduit pourtant à de nombreux dérèglements : le rythme de vie des animaux qui vivent dans nos jardins (insectes, chauves-souris, amphibiens, etc.) est totalement chamboulé, leurs habitats bouleversés. Les animaux diurnes restent éveillés et sont happés par ces sources de lumière. Certains animaux nocturnes, eux, préfèrent fuir… ou s’agglutinent mais abandonnent leur milieu naturel habituel. Résultat ? Une mortalité excessive, particulièrement chez les oiseaux et les insectes. Bonjour l’ambiance !

Oiseaux, crapauds et papillons… la nuit, tous (vos) maux sont permis

Si on se penche sur les oiseaux, notamment ceux qui peuplent nos villes, les études ont montré qu’ils confondent tout bonnement l’aube avec l’éclairage artificiel nocturne. Ils chantent alors beaucoup trop tôt – en pleine nuit parfois –, déréglant ainsi leur cycle de reproduction. Coup de projecteur également sur les insectes : piégés autour des lampadaires, ils ne constituent plus une ressource alimentaire disponible pour les prédateurs insectivores comme les chauves-souris. Les papillons de nuit mâles, hypnotisés par les ampoules, finissent par tourner autour pendant des heures sans jamais aller féconder les femelles. Et pour les crapauds ou les chauves-souris, les éclairages nocturnes les transforment en proies faciles pour leurs prédateurs. Pas de doute, la fête est finie !

Et les végétaux alors, allez-vous me dire ? Eux aussi ne restent pas indifférents face à ce ballet lumineux. La lumière artificielle perturbe la flore : périodes de floraison décalées, cycles de croissance modifiés, visites de pollinisateurs nocturnes en chute libre, et, à la clé, un succès reproducteur des plantes en baisse. Pour la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), une chose est sûre : animaux ou plantes, tous ont besoin de l’alternance du jour et de la nuit pour survivre.

Éclairer… mais avec mesure, svp !

Pas question pour autant de plonger votre jardin dans une obscurité totale et de trébucher sur un hérisson mal luné ! L’OFB recommande d’adapter son éclairage extérieur à ses besoins réels, et surtout de ne pas suréclairer les abords de la maison. D’ailleurs, la France n’a pas lésiné sur la réglementation : un arrêté ministériel daté du 27 décembre 2018 encadre strictement les nuisances lumineuses, en particulier pour les éclairages dits « de mise en valeur » – comprenez, pour faire beau. Même si les jardins privés individuels restent hors champ de cette loi, rien n’empêche de s’en inspirer pour agir en citoyen responsable.

Quelques conseils lumineux pour préserver la biodiversité :

  • Privilégiez les lampes de couleurs chaudes, ambrées, jaunes ou orange avec une température de couleur n’excédant pas 3 000 K.
  • N’éclairez que la surface utile : il est inutile (voire nuisible) d’inonder tout le jardin – et le ciel avec !
  • Optez pour des éclairages tamisés, ciblés, dont la puissance ne dépasse pas 35 lumens/m² en ville, 25 lumens/m² ailleurs.
  • Vérifiez l’orientation de vos luminaires : si la lumière de votre garage dépasse 50 % au-dessus de l’horizontale, un simple réglage peut limiter le halo lumineux.
  • Veillez à préserver les surfaces en eau dans l’obscurité la plus totale. Ces milieux, très riches en biodiversité, sont hypersensibles à la lumière artificielle.
  • Après une heure du matin, extinction des feux : pratique déjà obligatoire dans les jardins collectifs, accessible à plusieurs logements.

Conclusion : Rendez à la nuit ce qui appartient à la nuit !

Lumière ne rime pas toujours avec plaisir, surtout pour la faune et la flore. Si les lampes design invitent à prolonger la soirée, sachons raison garder pour mieux partager notre environnement avec nos voisins nocturnes. Adapter son éclairage, c’est facile et ça change tout : un petit pli à prendre, des espèces à préserver… et de bien plus belles observations sous les étoiles. Alors, prêts à éteindre pour mieux voir ?

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