« Il pleut des hérissons blessés » : l’alerte choc pour sauver ces animaux au jardin avant le printemps

Date :

Il pleut des hérissons blessés ! Avant que le printemps n’invite la panique du sécateur et la fièvre du rotofil, faisons une pause : et si l’enjeu du jardin était moins la pelouse rasée que la survie d’un adorable mammifère à piquants ? Chaque année, l’hécatombe redémarre, au grand dam de Josianne Sauvage-Hanib, administratrice à la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) Bretagne, qui tire la sonnette d’alarme pour sauver ces « malheureux scalpés, estropiés ou brûlés » alors qu’ils sortent d’hibernation, tout groggys. Mais la bonne nouvelle ? Un jardinier averti peut facilement faire baisser la pluie de hérissons blessés au printemps !

Le réveil difficile du hérisson… et la panique des tondeuses !

« Les hérissons sont de sortie, malheureusement, les jardiniers aussi… » Depuis un mois, les centres animaliers reçoivent une pluie battante de cas désespérés : blessures gravissimes causées par la tondeuse ou la débroussailleuse, escalpés, museaux tranchés, petits cœurs brûlés lors d’un feu de végétaux. Et soigner un hérisson ainsi mutilé relève du cauchemar. Comme le souligne la LPO, « on ne peut pas recoudre de grandes parties de peau manquante, ni des museaux tranchés. »

Pour éviter ces drames (et garder les hérissons dans leur meilleur profil), quelques gestes tout simples font la différence :

  • Sous la haie, sur les talus ou dans un tas de feuilles, on prend la peine de regarder – doucement ! – avant de lancer la machine infernale.
  • Les hérissons émergent tremblants, parfois jusqu’en avril : inutile de sortir le coupe-bordure dès les premiers rayons !
  • L’idéal serait d’attendre la fin avril pour déchaîner tondeuse et débroussailleuse, ou a minima, laisser une bande végétalisée sur les bords du terrain.
  • Oubliés, les robots-tondeurs nocturnes, véritable cauchemar ambulant pour les mammifères qui chassent la limace dans le noir !

Pièges de printemps et dangers invisibles au jardin

Les tas de végétaux abandonnés font rêver certains : parfait pour tout brûler, se dit-on, en faisant place nette. Mais… un hérisson s’y cache peut-être, sur un tapis moelleux de mousse et de feuilles séchées. La vigilance s’impose : « Il faut regarder délicatement, à la main et pas à la fourche », recommande Josianne Sauvage-Hanib. Et si l’on attend même un peu (jusqu’à mai), on évite d’expulser une portée entière de hérissonneaux au passage.

Au cas où le nid serait hélas détruit :

  • Placez la mère et les petits dans un carton aéré.
  • Contactez une association de protection.

Dernier piège, le classique du jardin moderne : la piscine. Elles attirent aussi le hérisson, qui sait certes nager, mais ne peut remonter seul. Il faut donc :

  • Couvrir la piscine, ou au minimum disposer une planche rugueuse en diagonale sur les escaliers.
  • Grillager les regards et bacs de récupération d’eau, où il arrive trop souvent que nos piquants favoris restent coincés.

Pesticides et routes, deux tueurs silencieux

Faites vos adieux aux granules anti-limaces (ces fameuses granules bleues) : chaque année, 25 % des hérissons meurent intoxiqués par ces poisons, sans parler des dégâts causés par l’ensemble des pesticides. C’est le prix fort pour quelques salades épargnées… alors qu’après tout, la limace est le mets préféré du hérisson !

La route, quant à elle, est sans pitié. Un quart de la population finit écrasé sur le bitume la nuit, car le hérisson est un obsédé du noctambulisme. Alors, conseil à l’usage : roulez lentement dans les zones de campagne, surtout après le coucher du soleil. Si par hasard vous voyez un hérisson le jour, pas de doute : il est probablement malade ou blessé. Toutes ces causes cumulées font, hélas, chuter l’espérance de vie moyenne du hérisson de 10 à… moins de 2 ans.

Comment agir concrètement pour les sauver ?

Être un ami du hérisson, c’est (presque) facile : il suffit de jardiner en mode zen. Voici le kit de survie du jardinier solidaire :

  • Laisser une bande sauvage sur les bords du terrain jusqu’à fin avril.
  • Créer des petits passages de 12 cm x 12 cm dans les grillages entre jardins, pour que « Mr Piquants » puisse aller de potager en potager.
  • Oublier les pesticides, laisser quelques limaces pour la biodiversité (on annonce salade mâchée ce soir !).
  • Mettre à disposition une écuelle d’eau peu profonde au printemps et en été.
  • Couvrir la piscine, grillager les regards, installer une planche rugueuse…

Si jamais vous trouvez un hérisson blessé : il est illégal de le détenir, et très difficile d’en prendre soin. (Le pain et le lait sont interdits : toxiques pour lui !) Faites-lui simplement une gamelle d’eau et quelques croquettes à chat… au poulet, jamais au poisson, en attendant un centre spécialisé.

Attendez aussi mi-juillet avant de tailler vos haies, car jusqu’à cette période, de nombreux oiseaux y cachent leurs nichées. Éviter la taille prématurée, c’est éviter aussi de rendre les nids immanquables pour les prédateurs.

En résumé : en laissant filer un peu d’herbe folle et en ralentissant nos ambitions de jardin parfait, on peut sauver la vie à des dizaines de hérissons, et offrir au jardin une biodiversité exceptionnelle. Alors, laissons tomber (pour une fois) la dictature de la pelouse impeccable… et profitons du doux désordre du printemps !

Laisser un commentaire