Le figuier, l’arbre millénaire aux pouvoirs insoupçonnés selon la science

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Le figuier, l’arbre millénaire aux pouvoirs insoupçonnés selon la science

Qui n’a jamais croqué dans une figue juteuse sans soupçonner l’histoire incroyable nichée dans chaque bouchée ? Derrière son feuillage qui aurait couvert l’embarras d’Adam et Ève, le figuier cache bien d’autres secrets. Arbre d’éveil, d’astuce, de force… Allons voir ce que la science (et un soupçon de légende) révèle sur ce géant ancestral.

Un arbre aussi vieux que le monde

Le figuier n’est pas le genre à jouer les vedettes discrètes. Il trône fièrement parmi les arbres les plus anciens domestiqués par l’être humain. Pour donner une idée, ses larges feuilles passaient déjà pour des tenues pudiques au jardin d’Éden ! Quand on dit qu’il est là depuis la nuit des temps, ce n’est pas une galéjade : on retrouve la trace de figues consommées il y a plus de 11 000 ans dans la vallée du Jourdain, au Proche-Orient. Oui, oui, avant même que le blé ne daigne pousser…

On raconte même que Cléopâtre ne résistait pas à ses figues charnues – et on la comprend ! Elles étaient également le carburant favori des athlètes grecs des premiers Jeux olympiques. Si avec ça, vous n’êtes pas impressionné par le curriculum vitae du figuier…

Un survivant adaptable… et parfois un peu envahissant !

Sous nos latitudes, le figuier commun (Ficus caria pour les intimes) s’est invité dans nos vergers dès le VIIIe siècle, cultivé par les Francs, et trônait notamment parmi les plantations chéries de Charlemagne. Avec près de 700 variétés répertoriées entre l’Asie et le pourtour méditerranéen, il a démontré une capacité d’adaptation exemplaire : il se bouture sans chichis, grandit aussi bien sur une parcelle fertile qu’entre les pierres, et supporte la vie en plaine comme en altitude.

  • Hauteur : de 4 à 12 mètres, presque autant en largeur
  • Ombre agréable : idéal pour la sieste estivale
  • Boosteur d’éveil : Siddhârta Gautama, le futur Bouddha, aurait atteint l’illumination sous un figuier !

Mais attention, toutes les familles n’ont pas la même politesse. Le figuier des pagodes, en Asie, n’hésite pas à squatter un autre arbre quand ses graines, gentiment dispersées par les oiseaux, s’y déposent. S’en suit un spectacle digne d’un roman policier : ses racines s’enroulent autour du tronc hôte, l’empêchent de croître, puis s’imprègnent dans le sol pour y siphonner tous les nutriments. L’arbre d’accueil ne s’en relève pas, étranglé à petit feu. D’où son charmant surnom : le figuier étrangleur.

Des secrets de survie à tous les étages

Le figuier est une force tranquille : chaleur, sécheresse ? Pas de panique. Il raffole du soleil, dont il a besoin pour offrir une ramure dense et des figues gorgées de sucre. Pourtant, il préfère garder la tête au sec et les pieds à l’humidité. Dommage pour lui, les canicules récentes n’ont pas vraiment été de son goût…

Son mode de reproduction vaut également le détour. Les graines du figuier – qui deviendront peut-être fruits à leur tour – éclosent par centaines, bien serrées dans la figue. Le vent n’ayant rien à voir dans cette affaire, c’est une minuscule guêpe qui s’en charge. Par une minuscule ouverture dans la figue (qu’on nomme sycone en botanique, pour briller en société), l’insecte bravement entre, perdant au passage ailes et antennes, puis y pond ses œufs. Les jeunes guêpes s’échapperont, chargées de pollen. Voilà une collaboration à toute épreuve : ni le figuier, ni la guêpe ne pourraient se passer l’un de l’autre. Le mutualisme dans toute sa splendeur.

Le système racinaire du figuier est également impressionnant : bien plus long et dense que ses branches, il s’étend verticalement et horizontalement sur de nombreux mètres. Cette vigueur peut causer des tracas aux constructions alentour… sauf cas d’apprivoisement éclairé. Chez les Khasis, peuple du nord-est de l’Inde, on guide les jeunes racines dans des tiges de bambou. À la longue, elles s’entrelacent et forment des murs et ponts vivants, ultra solides. Quand la nature devient architecte, pourquoi s’en priver ?

La sève blanche : entre potion et précaution

Pour finir, parlons de ce trésor discret mais potentiellement utile qu’est la sève blanche du figuier. Extraite des branches ou des tiges de la figue, elle serait, selon la tradition, indiquée pour faire la guerre aux verrues et même aux cors au pied. La recette est enfantine : une goutte chaque jour sur la lésion, un pansement ou une gaze, et on recommence jusqu’à disparition. Petit bémol : prudence requise, car ce latex contient des molécules très irritantes. Les peaux sensibles et les rayons du soleil n’en font pas bon ménage. Mieux vaut donc la manier… avec des gants.

En somme, le figuier n’a pas volé son statut de doyen végétal : résilient, généreux (et parfois rusé), il veille à l’ombre des civilisations… et pourquoi pas de votre jardin ?

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